Salif Keita : "Allér étape par étape"


Selon l?ancienne gloire du football malien, la CAN ne se résume pas à un match contre la Côte d?Ivoire. La ferme ambition des Aigles est d?aller le plus loin possible.


Salif Kéita, vous êtes le président de la Fédération Malienne de Football. Vous paraissez serein à quelques jours du coup d?envoi de la CAN 2008. Simple apparence ou réalité ?
Ecoutez, on n?est pas d?abord dans l?ambiance de la CAN. On est à trois semaines du coup d?envoi (ndlr :l?interview date du jeudi 27 décembre) ; je ne peux pas me mettre déjà dans l?ambiance de la CAN.

Est?ce à dire que vous n?avez pas encore commencé à prendre des dispositions en vue de Ghana 2008?
Des décisions sont prises. Mais, étant le président de la Fédération, en ce qui concerne le moral et autre, je serai plus plongé dans la CAN juste avant le début de la compétition. Sinon, je crois savoir que nous avons fait le nécessaire afin que l?équipe soit dans de meilleures dispositions.

Pourquoi une commission ad hoc a-t-elle été créée pour aider financièrement l?équipe?
Entre autres, c?est un support à cette étape de la CAN.

Concernant le volet hébergement des supporters au Ghana?Qu?avez-vous fait?
On a pris des précautions. Je pense que toutes les équipes qualifiées ont pris les dispositions qu?il faut ; on a envoyé, à deux reprises, des délégations au Ghana. On a déjà calé les choses. Je pense que tout se passera bien.

Tout se passera bien selon vous. En clair, le Mali part au Ghana, très confiant?
?(Il rit). Vous savez, je suis un ancien footballeur. Je sais que le football n?est pas le hasard, mais la chance a une place importante dans un match de football. Dans une compétition comme la CAN, ce serait inconscient de dire que j?ignore les difficultés auxquelles pourrait être confronté le Mali compte tenu des adversaires qu?on a.

Ces adversaires sont la Côte d?Ivoire, le Nigeria et le Bénin. Comme au PMU, on peut les classer en favori, outsider, tocard. Dans quel lot placez -vous les Aigles?
Je pense quand même que le Mali a de grands joueurs. Des joueurs qui évoluent dans des grands clubs européens aussi. Et contrairement à ce que les gens pensent, le Mali s?est qualifié en se classant premier de sa poule.

Le Mali a donc un coup à jouer face aux Eléphants de Côte d?Ivoire, Ecureuils du Bénin et Super Eagles du Nigeria.
Toutes les équipes qui disputent la phase finale de la CAN ont la possibilité de remporter la coupe. La coupe est là ; elle va être remportée par une équipe. Ce sera l?équipe qui aura fait la meilleure préparation physique, la meilleure tactique, la meilleure préparation technique, la meilleure préparation psychologique et aussi la chance. Ces cinq facteurs, il faut les avoir.

A écouter les supporters maliens, les Aigles vont au Ghana pour battre Drogba et la Côte d?Ivoire. Parlez-vous le même langage que ces supporters?
Non ! Etant ancien footballeur et président de la Fédération, je ne peux raisonner comme les supporters. Mon problème c?est comment se qualifier et aller le plus loin possible.

Votre problème n?est donc pas Drogba?
Pourquoi Drogba ? Drogba est un garçon que j?admire. Pourquoi va-t-on se décider contre Drogba seulement ? Qu?est-ce que Drogba nous a fait ?

Outre la Côte d?Ivoire, le Nigeria et le Bénin sont sur le chemin du Mali?
Le Nigeria et le Bénin sont de grandes nations de football. Vous savez, le Bénin que tout le monde néglige est une bonne équipe. Le Mali l?a croisé deux fois, c?est une équipe qui n?est pas à négliger. On va là-bas (Ghana) pour faire quelque chose, aller le plus loin possible. Mais, vous savez, cela dépendra de beaucoup de facteurs.

Soyez plus explicite !
D?abord, il faut essayer de passer le premier tour. Si c?est le cas, on tentera de franchir les autres étapes. Il faut aller étape par étape. Moi, je ne peux pas me faire une fixation sur la finale avant de passer le premier tour. Personne n?est aujourd?hui sûr de remporter la CAN, ni le Bénin, ni la Côte d?Ivoire, ni le Nigeria. Que serait le football s?il y avait une certitude ?

Une éventuelle élimination du Mali au premier tour serait-elle synonyme d?échec pour vous?
Je ne crois pas, à partir du moment où l?on est parmi les 16 meilleures équipes d?Afrique. On va à la phase finale, on peut réussir un coup tout comme on peut être éliminé au premier tour. C?est ainsi le football.

Quelle pourrait être la principale force de l?équipe malienne au Ghana?
Vous savez, on a des joueurs de renom. Il y en a qui sont bons individuellement et expérimentés.

Cette année sera-t-elle la bonne pour le football malien?
On le souhaite, on le souhaite. Mais, les joueurs vont au Ghana avec l?intention, la volonté de faire quelque chose. Si l?on a la chance, ça ira. Vous savez, j?ai participé à la phase finale de la coupe d?Afrique en 1972 au Cameroun. Au départ, le Mali était donné favori et le Congo était le petit poucet et censé être l?équipe la plus faible. Quel a été le résultat ? Le Congo a éliminé le Cameroun, il est allé en demi-finale, puis en finale avant de remporter le trophée face au Mali battu 3-2. C?est ça le football.

Aujourd?hui, vous avez la double casquette d?ancien footballeur et de président de la Fédération. Avez-vous tiré des leçons de la défaite du Mali en 1972 en pensant à vos jeunes frères.
Pas mes jeunes frères, plutôt à mes fils (rire). Tirez les leçons?Yaoundé, c?était il y a 35 ans. Maintenant, le football a changé. Presque toutes les équipes se valent. Il y a trente ans, ce n?était pas le cas. On ne peut pas parler de favori de favori dans une compétition comme la CAN ou la Coupe du Monde. Vous savez, les gens émettent des v?ux qu?ils transforment en pronostic. En fait, personne n?est sûr de quelque chose.

Et pourtant, à s?en référer à des propos relayés par la télévision, on dirait que la victoire malienne est programmée. On va jusqu?à placer la CAN 2008 sous le signe de l?honneur. Ce mot honneur vous convient-il?
Les Maliens veulent évidemment que leur équipe aille loin. Ce sont les supporters qui parlent. Mais chacun de ces supporters a une petite appréhension. On ne peut pas aborder la CAN avec certitude. Même les Ghanéens, qui organisent la coupe, ne peuvent pas dire qu?ils vont remporter le trophée. Pourtant ils joueront chez eux et ils ont des joueurs tels Essien et bien d?autres. Mais, ils ne sont pas affirmatifs.

Vous aimez les comparaisons. Quelle différence voyez-vous entre l?équipe de 1972 et celle de 2008 ?
En 1972, il y avait Cheick Fantamady Kéita, Fantamady Diallo, Ousmane Traoré, Mamadou Kéita et j?en passe. Dans l?équipe actuelle également, il y a beaucoup d?individualités. A Yaoundé, on a eu la chance, on est allé en finale. Je souhaite la même chose à l?équipe actuelle. Je pense que les joueurs savent ce qu?ils veulent ; ce sont tous des professionnels.

Le gouvernement porte-t-il un regard sur votre travail ?
Bien sûr, le gouvernement suit ce que nous faisons ; il nous a beaucoup aidés. Il a joué pleinement son rôle.

Quel message adressez-vous aux supporters maliens?
Je leur demande de soutenir l?équipe mais de ne pas être trop, trop, trop?confiants.

Interview réalisée à Bamako par Abdoulaye Diarra
http://www.fratmat.info

Les statistiques et les pages du site www.anciensverts.com


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