Robert Nouzaret : "Saint-Etienne, une aventure humaine extraordinaire."

Robert Nouzaret, qu'est ce que ça vous fait de revenir à Saint-Étienne ?
« J'ai encore énormément de contacts avec des supporters. Je reçois des courriers qui viennent de toute la France. On sent qu'il s'est passé quelque chose entre eux et moi. C'est indéniable et c'est quelque chose de très agréable. Saint-Étienne est un fief footballistique. Cette ville, ce club sont à part. J'ai suffisamment bourlingué, connu assez d'expériences pour pouvoir faire la différence. On retrouve ici une vraie passion et un patrimoine qui a été façonné par des hommes et par les résultats il y a très longtemps ».
Quels souvenirs gardez-vous de cette épopée ?
« J'ai vécu des aventures humaines partout où je suis passé, notamment à Montpellier, mais celle de Saint-Étienne fut extraordinaire. C'était trop beau pour être vrai. Dès la mise en place du groupe en 1998, on a senti qu'il se passait un truc. Les joueurs voulaient remporter tous les matchs amicaux même quand on affrontait des équipes inférieures. Il y a eu cette étincelle qui a engendré des victoires, la réussite puis enfin la montée ».
Le recrutement a beaucoup compté également.
« Nous avons eu à chaque fois 95 % de réussite dans ce domaine. Grâce à la compétence, bien sûr, mais aussi avec un peu de chance. Les Brésiliens Alex et Aloisio, c'est un coup de pot unique. A cause de problèmes d'argent ou de soucis médicaux, nous n'avions pas pu recruter les attaquants que l'on souhaitait au départ. On se retrouve à prendre un mec sur cassette. Je me demande toujours pourquoi j'ai regardé cette vidéo ce jour-là. Si nous avions perdu la veille et que j'avais été en colère, je n'aurais peut-être pas eu la patience d'aller au bout. Ce sont des choses qui ne s'expliquent pas, ça fait partie du plaisir ».
Le plaisir fut de courte durée. En septembre 2000, soit un peu plus de deux ans après votre arrivée, vous étiez débarqué. Quelle a été votre réaction ?
« Sincèrement, je n'ai jamais pensé que ça allait se terminer de cette façon. Même si nous étions dans une passe difficile, on avait les moyens de refaire surface tranquillement. Je n'avais pas de problèmes avec les joueurs. Il suffisait d'être calme, patient. Partout où je suis passé, j'ai toujours senti le vent tourner quand ça commençait à aller mal mais là c'était différent. Avec Gérard (Soler), nous avions plein de choses en commun. Cette coupure fut brutale sur le plan sentimental. Je me souviens quand il m'a appelé dans son bureau pour m'annoncer qu'il fallait que je m'arrête. J'ai été surpris, je lui ai dit que je n'étais pas fatigué. Il a rajouté «si tu ne veux pas t'arrêter, il faut que tu changes ton staff». Je lui ai alors répondu «tu veux que je me vende pour mettre mes adjoints à la rue». C'était hors de question. Je lui ai demandé si ça venait de lui ou de Bompard. Ce qui est encore plus surprenant, c'est que lorsque j'ai voulu récupérer mon staff, il a refusé ».
Avec le recul, comment expliquez-vous votre mise à l'écart ?
« Soler a changé d'attitude. Je crois qu'il en avait marre de travailler à côté du bureau de Bompard. Celui-ci avait l'impression d'être moins bien perçu que moi médiatiquement. Ça le traumatisait. Comme il n'osait pas venir me le dire, il en parlait à Gérard. Au lieu de résoudre le problème tous les trois, ce dernier en a eu marre d'entendre ça tous les jours, il a voulu se rapprocher du terrain. Tout aurait pu se régler pour qu'on reste ensemble. Nous étions en train de prouver qu'on pouvait réussir même en étant potes. Il ne fallait surtout pas que l'un de nous trois craque, c'est ce qui s'est passé ».
Sept ans plus tard, la plaie s'est-elle refermée ?
« Ce qui m'a fait encore plus mal c'est quand on a essayé de me faire passer pour le fossoyeur de l'ASSE. J'ai vécu trop de bons moments ici, j'ai eu de trop bonnes relations avec les gens pour qu'on me traite ainsi du jour au lendemain. J'ai d'ailleurs été obligé d'écrire à tous les présidents de sections de membres associés pour m'expliquer ».
Certains affirment, en effet, que pour vous venger c'est vous qui auriez révélé l'affaire des faux passeports dès votre arrivée à Toulouse ?
« Ce n'est pas dans mon caractère de faire ce genre de choses. Il y a ce qui s'est passé avec Soler et Bompard d'un côté et le club et les supporters de l'autre. En révélant l'affaire, on faisait plus de mal à l'ASSE qu'à ses dirigeants. Mais cela arrangeait tout le monde de dire que c'était moi. Certaines personnes étaient jalouses de la cote que j'avais auprès des supporters. C'était le moyen, pour eux, de rétablir la situation. Ça m'a marqué, je ne leur pardonnerai jamais ».
Si vous n'y êtes pour rien, que s'est-il passé alors ?
« Quand je suis arrivé au TFC, les Toulousains étaient déjà au courant de la situation. Ils l'ont même été avant moi. Le jour où l'affaire a éclaté, j'ai tout fait pour empêcher ça. Si Bompard n'avait pas pris le président Rubio pour un «con», cela ne serait jamais arrivé. J'avais demandé que l'ASSE nous prête Guel et Bompard l'a reçu dans son bureau comme un malpropre. Le TFC devait déposer une réserve le soir du match, j'ai réussi à retarder l'échéance. Je pensais que c'était oublié mais le mardi d'après, ils ont lancé le processus. Ils avaient en travers de la gorge ce qui s'était passé. Cela n'a rien à voir avec moi ».

Propos recueillis par Thomas Dutang
Le Progrès du 12 octobre.


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